Aperçu général : les grands ensembles paysagers de La Réunion
Une extraordinaire diversité de paysages
L'île de La Réunion
Cette partie brosse à grands traits la diversité extraordinaire des paysages rencontrés à La Réunion, identifie les grands types de paysages et aboutit à la carte générale des unités de paysage pour l’île : 16 unités de paysage ont été identifiées, chacune complétée par l’identification de sous-unités en fonction de l’étagement ou de caractéristiques morphologiques.
Une diversité et des contrastes uniques au monde
La Réunion et la métropole à la même échelle (dessin agence Folléa-Gautier). Sur une surface exiguë, La Réunion offre un concentré extraordinaire de paysages variés et contrastés.
Objectivement, La Réunion, avec sa modeste superficie de 2 512 km2, est bien petite.
Sur le globe, elle n’est qu’une poussière perdue dans le sud de l’Océan Indien, tout juste accompagnée de son île sœur, l’île Maurice, et à 800 km à l’est de Madagascar.
Si on la dessine aux côtés de l’hexagone – qui n’est pas un très grand pays à l’échelle mondiale !-, elle y forme à peine une modeste petite tache, couvrant moins de la moitié d’un département de métropole.
Et pourtant …
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
Fragments de la diversité contrastée des grands paysages de La Réunion, exceptionnelle
… Pourtant, pour qui découvre La Réunion, l’île paraît grande ; beaucoup plus grande que ce qu’en indique le compteur de kilomètres carrés. Elle recèle une telle diversité de paysages, de tels contrastes d’ambiances, que son parcours donne l’impression de découvrir plusieurs pays. Elle forme comme un patchwork de miettes de continents miraculeusement rassemblées en une poussière d’île : des plaines douces et vertes de canne à sucre, comme aux Caraïbes, des savanes lumineuses comme en Afrique de l’est, des canyons vertigineux à l’Américaine, un volcan actif au-dessus de forêts vierges, comme en Indonésie, des landes à ajoncs comme en Auvergne, des côtes sauvages et rudes, surprenantes, et des plages tropicales alanguies, conformes aux cartes postales. Avec la Plaine des Sables, La Réunion semble même avoir décroché un morceau de lune, … ou de Mars !
Cette diversité contrastée des paysages est une force, une valeur fondatrice pour La Réunion, peut être la valeur paysagère n°1 de l’île ; valeur paysagère au sens plein du terme, qui est donc aussi sociale, économique et patrimoniale :
Baignade en eau douce au moulin Kader, chemin du Tour des Roches, étang Saint-Paul
Pour les habitants, elle offre un cadre de vie particulièrement appréciable dans un contexte géographique à la fois petit et isolé, où les échappatoires imposent de coûteux déplacements en avion, inaccessibles à une bonne part de la population. Une population qui sait profiter de cette richesse, et change volontiers d’univers en restant sur l’île, le temps des vacances, d’un week-end ou d’un simple pique-nique : un jour au bord de la mer, un autre dans la fraîcheur des hauts, un autre encore dans le cirque vert de Salazie, ou dans le cirque lumineux de Cilaos, … Le choix est vaste, simplement limité par les capacités d’accueil des gîtes, chambres et tables d’hôte, largement pris d’assaut tout au long de l’année. A La Réunion, la valeur des paysages est aussi une valeur sociale ;
Touristes au Maïdo
Pour les touristes et les visiteurs, la diversité contrastée des paysages est une motivation essentielle pour se décider à s'offrir un séjour de 1, 2 ou 3 semaines dans l'île. Sans cette séduction de paysages aux mille facettes, comment espérer attirer un tourisme autre que d'affinités à La Réunion, dans une situation aussi isolée et lointaine, à près de 10 000 km de la métropole? Mais, au-delà du tourisme, le développement économique par les entreprises est aussi pour une part tributaire de la qualité paysagère : une motivation pour s'implanter et se développer à La Réunion. La valeur des paysages Réunionnais est ainsi également une valeur économique. Une valeur vénale en quelque sorte, difficile à chiffrer mais majeure pour l'économie de l'île : la fréquentation touristique a augmenté de 41% entre 1995 et 2000 et le secteur tourisme est la première source de richesse, avec 320 millions d'euros en 2000 ; cela représente deux à trois fois le montant des exportations de sucre ; et c'est une somme supérieure à la valeur totale des exportations des marchandises (226 M€) ;
Canyoning à Cilaos, ravine Fleurs Jaunes
A la croisée des champs économique et social, les loisirs, considérablement développés au cours des dernières années, où la population est devenue à la fois plus nombreuse et plus urbaine, utilisent largement la diversité des situations paysagères offertes par l’île : plongée sous-marine à proximité de la barrière de corail, canyoning dans les ravines, surf dans les bons spots de vagues puissantes et longues, delta plane à la cassure des cirques, parapente sur les planèzes, randonnée et course à pied en montagne, … Les paysages de l’île, avec leur diversité, offrent autant de terrains de jeux – pour le meilleur et pour le pire ;
Au-delà de ces valeurs sociales et économiques, essentielles pour la viabilité de la Réunion, les paysages de l’île offrent une valeur patrimoniale majeure, à la fois culturelle et naturelle, reconnue dans le monde :
Temple tamoul à l’Ermitage
- Culturellement, la Réunion, creuset de populations formidablement diverses, a vu ses paysages façonnés par des peuples qui ont contribué à sa diversité tout au long de son histoire : les domaines sucriers des plantureux bas de planèzes, tenus par de grands propriétaires, les hauts habités et cultivés par les « petits blancs », le cœur de l’île investi par les noirs marrons et aujourd’hui habité en îlets, les pâturages secs à cabris et bœufs moka gérés par des bergers malgaches, les commerces indien, européens et chinois, les églises catholiques, les temples tamouls et les mosquées musulmanes, … : la diversité des paysages est bien fille de la diversité culturelle et ethnique de l’île : jusqu’aux platanes des ingénieurs de métropole, que l’on voit encore sur certains tronçons de routes!
- Naturellement, la Réunion offre un patrimoine faunistique et surtout floristique inestimable, aujourd’hui assez bien connu.
Des paysages spectaculaires, très perceptibles et appropriables
Point de vue du Maïdo
La richesse de La Réunion en paysages est renforcée par le caractère très perceptible de ces derniers. La forte présence visuelle des grands paysages de l’île est bien sûr liée à la puissance des reliefs : partout ils s’affichent à la faveur des pentes des planèzes, des sommets découpés en mornes et en pitons, des cassures des remparts, ou du creusement des ravines. Il n’existe aucune partie de l’île qui soit à la fois suffisamment plate et grande pour faire « oublier » le grand paysage. Même sur les grandes plaines littorales - celle du Port et de Saint-Paul, celle de Saint-André, celle du Gol -, les pentes s’affichent en toile de fond, parfois de façon particulièrement précieuse et spectaculaire à la faveur du débouché des grands exutoires des cirques : l’échancrure de la rivière des Galets vers Mafate, celle de la rivière du Mât vers Salazie et celle, plus grandiose encore, de la rivière Saint-Etienne et de ses deux bras vers Cilaos, composent parmi les paysages de planèzes les plus spectaculaires de l’île. Quant aux plaines d’altitude, elles sont toujours liées à des reliefs marquants qui les bordent ou qui les ponctuent, et qui contribuent de façon majeure à la valeur des paysages qu’elles offrent : les remparts de la plaine des Palmistes, les pitons de la plaine des Cafres.
Perspective de la rue de Paris sur la mer, Saint-Denis
Même en ville la moindre percée de rue est susceptible de mettre en scène une toile de fond, pente cultivée ou boisée vers l’amont, ou étendue bleue de l’océan vers l’aval. On le verra, ces perspectives urbaines et ces toiles de fond contribuent d’ailleurs à la valeur des paysages urbains de l’île, encore aujourd’hui insuffisamment prises en compte.
Vue d’une case, pentes de l’Ouest
Sur les planèzes construites, la force des pentes facilite le partage de la vue vers le grand paysage, depuis les cases comme depuis les appartements des immeubles collectifs ou depuis les bureaux : le grand paysage rentre ainsi aisément au cœur de l’intimité habitée des Réunionnais, et contribue à donner de la valeur au bâti.
Une route-paysage, au-dessus de Villèle
Les routes les plus banales, pour peu qu'elles échappent à l'urbanisation linéaire, deviennent très facilement des déambulatoires remarquables pour mettre en scène le paysage, celui des pentes et des sommets comme celui du littoral.
Ainsi, à La Réunion plus qu'ailleurs, on profite de grands paysages hors du commun dans les activités quotidiennes les plus communes : habiter, travailler, circuler. Visuellement, le grand paysage fait partie de la vie. On le consomme au quotidien.
La nature départemento-domaniale des hauts et la densité des sentiers facilitent l’appropriation des paysages par le public ; ici randonnée à Mafate
En termes d’appropriation, la nature départemento-domaniale de près de la moitié de la superficie de l’île facilite grandement la découverte et la pratique des paysages. L’énorme travail d’ouverture et d’entretien des sentiers par l’ONF et le Conseil Général rendent très accessibles les hauts, pour peu que les jambes suivent. Sur le littoral, les beaux restes des 50 pas géométriques, complétés par les 800 ha de sites acquis par le Conservatoire du Littoral, et par les efforts des collectivités pour créer le sentier littoral, facilitent également la pratique des paysages de bord de mer. La facilité d’appropriation de l’espace contribue ainsi également à une intense « consommation » des grands paysages de l’île dans des pratiques sinon quotidiennes, du moins hebdomadaires.
2 grands ensembles de paysages
« les Hauts et les Bas », ou « La Réunion intérieure et La Réunion des pentes extérieures »
Les deux grands ensembles de paysages
Concrètement, comment s'organise cette merveilleuse diversité paysagère sur l'île ? Comment s'enchaînent les paysages, du nord au sud, d'est en ouest et de bas en hauts ?
Pâturages dans les Hauts
Station balnéaire dans les Bas, Saint-Gilles-les-Bains
Traditionnellement, on distingue deux grands ensembles de paysages à La Réunion : les Hauts et les Bas. Les Hauts sont moins habités que les Bas, plus naturels et plus sauvages d'aspect, présentent des reliefs plus importants, plus marqués, plus irréguliers, disposent de terres plus boisées et moins cultivées, offrent un climat plus nébuleux et globalement davantage pluvieux. A l'inverse les Bas concentrent l'essentiel du poids de population et le cortège de l'urbanisation qui en découle : habitat, activités, infrastructures. Ils sont aussi davantage cultivés, notamment en canne à sucre, sur des pentes à peu près régulières des bas de planèzes ; ils bénéficient d'un climat globalement moins arrosé que les Hauts, plus ensoleillé, même si des différences climatiques très fortes distinguent les Bas de l'est des Bas de l'ouest ; ils s'achèvent sur un littoral.
Ces différences très marquées entre Hauts et Bas ne sont pas liées qu'aux données naturelles géographiques, mais également aux données humaines historiques, qui se traduisent dans les champs sociologiques et économiques. Le fait historique générateur de la distinction si marquée entre Hauts et Bas est la concession par le Roi des terres basses, par le truchement de la Compagnie des Indes : la mise en valeur de l'île Bourbon a été encouragée par la concessions des terres « du battant des lames au sommet des montagnes », qui a conduit à privatiser les terres basses et à maintenir les Hauts dans la sphère publique, propriété de l'Etat puis du Département, géré par l'ONF et, depuis le 05 mars 2007, dans le giron du Parc National. Les Hauts ont été progressivement occupés par les « noirs marrons » (esclaves évadés, réfugiés dans la montagne, et premiers occupants des îlets) et par les « petits blancs des hauts » : ces blancs ont été appauvris par un double processus :
- à partir du XVIIIe siècle, avec l'augmentation de la population, le partage excessif des terres des bas à parts égales entre les nombreux enfants aboutit inéluctablement, au fil des héritages successifs, à des parcelles en lanières si fines qu'elles deviennent inaptes à faire vivre une famille ; les blancs sans terre sont progressivement obligés de coloniser les hauteurs pour défricher et mettre en valeur des nouvelles parcelles ;
- à partir de 1848, l'abolition de l'esclavage prononcée par Sarda Garriga ruine les petits propriétaires terriens dépossédés de leur main d'œuvre, contraignant les familles à la colonisation des hauts.
Au fil du temps, l'opposition entre les paysages des Hauts et ceux des Bas tend à se renforcer, avec des Bas de plus en plus artificialisés et des Hauts de plus en plus sanctuarisés.En termes de paysage, l'opposition Hauts/Bas apparaît ainsi globalement fondamentale et renforcée par les délimitations administratives, y compris les plus récentes avec la création du Parc National.
Néanmoins les appellations « Hauts /Bas » présentent quelques imperfections en faisant référence à l'altitude. Si celle-ci reste le facteur principal de différenciation en influant sur la fraîcheur, la nébulosité, la végétation, les possibilités de mise en culture, elle n'est pas seule à intervenir. On peut se sentir très loin du littoral, et dans une toute autre ambiance, tout en restant objectivement très bas en altitude. L'étude des paysages de 1994 le dit : « au fond de Bras Rouge, dans le cirque de Cilaos, on peut être à 300 – 400 m d'altitude seulement, et l'on est pourtant à l'évidence dans ce que l'on appelle « les Hauts ». Les pentes du Grand Brûlé sont à leur manière des paysages des Hauts qui tombent jusqu'au niveau zéro de l'Océan. Inversement il faut remonter très en altitude sur les pentes de l'Ouest avant de parcourir des paysages que l'on dit appartenir aux « Hauts ».
C'est pourquoi
il est possible de substituer la distinction Hauts/Bas par une autre distinction duale : La Réunion des pentes extérieures et La Réunion intérieure. Ces deux grands ensembles de paysages sont liés à la nature volcanique de l'île et à son histoire géologique :
- La Réunion des pentes extérieures est celle qui s'ouvre physiquement sur l'océan : c'est La Réunion des planèzes et des plaines littorales ;
- La Réunion intérieure est celle de la montagne, des pics et des mornes, des « plaines » d'altitude, des cirques d'effondrement, du volcan actif.
Cette distinction a été déjà précisée dans l'étude des paysages de 1994 : « il reste de façon primordiale pour la Réunion un visage qui s'offre au miroir de l'océan et un cœur qui fait son épaisseur et son mystère ».
Chacun de ces deux grands ensembles est composé de paysages distincts détaillés ci-dessous.
Les paysages des pentes extérieures de La Réunion
Les paysages des pentes extérieures de La Réunion
Les pentes de Saint-Denis, vues d’avion
- les pentes de Saint-Denis, marquées par l’urbanisation entrecoupée de ravines serrées, qui découpent autant de quartiers urbains ;
Les pentes du Nord-est, vues du site de la forêt de Dioré
- les pentes du Nord-est (de Sainte-Marie à Bras-Panon en passant par Sainte-Suzanne et Saint-André), encore marquées par les grands domaines de canne à sucre qui s'allongent élégamment en bas de pente, jusqu'à l'océan ;
- les pentes de Saint-Benoît, où s’opère la transition entre le massif ancien du piton des neiges et le massif plus récent du Piton de la Fournaise, par la couture que représente la plaine des Palmistes ;
Les pentes de Basse Vallée/Saint-Philippe
- les pentes de Sainte-Rose et Saint-Philippe, ou pentes de l’Est, les plus calmes et sauvages de l’île, qui échappent au trafic de transit, et qui composent le « dessous du volcan », avec en leur cœur le Grande Brûlé marqué par les longs épanchements des coulées volcaniques du Piton de la Fournaise vers l’océan ;
Les pentes du sud, au-dessus de Saint-Joseph
- les pentes du Sud, de Saint-Joseph à Saint-Pierre en passant par Petite-Ile ;
Les pentes du Tampon, urbanisées
- les pentes du Tampon, marquées par l’urbanisation, rendue « facile » par des pentes longues et pas trop raides, descendant régulièrement de la Plaine des Cafres à l’océan ;
Les pentes de Saint-Louis, sans doute les plus remarquables de l’île, magnifiées par l’échancrure de Cilaos laissant voir la citadelle du Piton des Neiges qui découpe l’horizon
- les pentes de Saint-Louis, qui descendent en serres boisées spectaculaires des Makes et du Dimitile, pour s’épanouir en plaine littorale à la fois urbaine et agricole (plaine du Gol) ;
Les pentes de l’ouest, vues depuis la route Hubert-Delisle vers Grand-Fond-les-Hauts
- les pentes de l’Ouest, les plus longues et régulières de l’île, courant de 0 à 2900m d’altitude (Grand Bénare), aux côtes urbanisées en stations balnéaires et baignées en partie par les eaux du lagon, aux paysages plus secs, en mutation avec la pression d’urbanisation, le basculement des eaux pour la mise en culture des terres, et la route des Tamarins ;
La plaine de l’étang de Saint-Paul et de Savanna, vue depuis la ravine Divon
- les pentes de Saint-Paul/le Port/ la Possession, tournées vers les baies de Saint-Paul et de la Possession de part et d'autre de la plaine du Port, marquées par l'urbanisation dans les bas et par l'échancrure vers Mafate que forme la rivière des Galets ;
Les falaises du littoral de La Montagne, vues depuis la route du littoral
- les pentes de la Montagne, où des falaises de 150m de hauteur tombent directement dans l’océan, formant une coupure entre le nord et l’ouest de l’île, reliés par le cordon ombilical vital et fragile que constitue la « route du Littoral ».
Pour chacune des ces pentes, qui forment comme une tranche du vaste cône que constitue l’île posée dans l’océan, les paysages vont varier en sous-unités selon l’occupation des sols, elle-même largement dépendante de l’altitude. Globalement, chaque unité paysagère s’organise en une plaine littorale, marquée par l’urbanisation des villes principales de l’île, des mi-pentes ou pentes intermédiaires, largement cultivées, et des hauts, majoritairement boisés, parfois également cultivés ou pâturés.
Les pentes du Grand Brûlé, août 2009
Mais ce schéma n’est pas valable partout, et les exceptions contribuent à la diversité paysagère de l’île. Ainsi les pentes de La Montagne s’achèvent en hautes falaises maritimes qui ne laissent aucune place à la moindre plaine littorale, compliquant les communications entre nord et ouest de l’île par la fameuse «route du Littoral ». Au cœur des pentes de Sainte-Rose et Saint-Philippe, le Grand-Brûlé, par où s’écoule vers l’océan l’essentiel des laves du Piton de la Fournaise, apparaît comme un paysage des hauts projeté sur le littoral, sans que s’établisse la traditionnelle distinction bas/mi-pentes/hauts. Il est symptomatique que, à cet endroit précis, le Parc National ait choisi finalement d’abaisser sa limite jusqu’à l’océan.
Les paysages de La Réunion intérieure
Les paysages de La Réunion intérieure
Les grands paysages de La Réunion intérieure sont ceux des grands cirques, du massif du volcan, des hautes plaines. Les unités sont facilement discernables par les cassures de pentes souvent spectaculaires qui les séparent brutalement les unes des autres. Les paysages de la Réunion intérieure sont ceux qui rendent l'île subjectivement grande malgré sa taille objectivement réduite : ils abstraient le regard de l'océan, leurs reliefs engloutissent l'observateur au point de lui faire oublier l'insularité de l'île ; et ils agrandissent l'île en allongeant les temps de parcours. C'est pourquoi un survol de la Réunion par hélicoptère, qui nous libère de toute contingence topographique et nous redonne un regard d'ensemble, ramène cruellement l'île à ce qu'elle est : une poussière volcanique dans l'immensité de l'océan.
Sept unités de paysages « intérieurs » peuvent être distinguées :
Le cirque de Salazie vu depuis le gîte de Bélouve
- le cirque de Salazie, drainé par la rivière du Mât, qui tire son originalité de son corridor d'entrée, spectaculaire et luxuriant, et de son patrimoine bâti niché au fond du cirque à Hell-Bourg ;
- le cirque de Mafate, plus sauvage grâce à l'absence de route, spectaculaire par l'âpreté de ses reliefs ruiniformes, et émouvant par ses surprenants îlets habités, suspendus entre ciel et terre ;
Le cirque de Cilaos vu depuis la fenêtre des Makes
- le cirque de Cilaos, dont l'exutoire est la rivière Saint-Etienne, qui offre des paysages plus secs et plus lumineux, mais aussi plus animés grâce à l'activité touristique intense de Cilaos liée à la montagne ;
La forêt de Bébour, ancien cirque comblé par les dernières coulées du Piton des Neiges
- les forêts de Bébour-Bélouve, ancien cirque comblé par les coulées de lave, baigné par l’humidité de l’air et couvert de forêts, dont la forêt primaire de Bébour ;
Le Piton de la Fournaise et l’Enclos
- le massif du volcan, volontiers mystérieux en se drapant presque quotidiennement dans les nuages, offrant d’étranges paysages d’origine du monde, marqués par le minéral : les sables, les scories et les coulées de basalte ;
La plaine des Cafres, piquée de ses cônes volcaniques, vue depuis la route du Volcan
- la plaine des Cafres, étonnant plateau d’altitude, aux accents auvergnats pour certains, couture entre volcan ancien et volcan actif, piqué de cônes volcaniques et investi par l’élevage ;
La plaine des Palmistes, vue depuis le rempart de Bellevue
- la plaine des Palmistes, en contrebas de la plaine des Cafres, qui prolonge la couture entre Piton des Neiges et Piton de la Fournaise et qui accueille l’urbanisation longuement étirée du bourg de la Plaine-des-Palmistes.
Paysages intérieurs/paysages extérieurs
les éléments de complexification
Si l'organisation fondatrice des paysages de La Réunion est simple, avec un visage extérieur et un cœur intérieur, plusieurs micro- paysages viennent enrichir et complexifier cette dualité.
Grandes ravines, petites plaines et cirques miniatures
des intérieurs à l'extérieur
Grandes ravines, petites plaines et cirques miniatures : des intérieurs à l’extérieur
Les gorges du Bras de la Plaine, vues depuis Bras de Pontho
La rivière des Remparts, vue depuis Notre-Dame de la Paix
Façonnées par les failles, les zones d'effondrement et la puissance de l'érosion, les pentes extérieures de la Réunion accueillent linéairement ou ponctuellement des paysages intérieurs souvent spectaculaires et inattendus, qui forment autant de sites précieux, enrichissant la diversité contrastée des paysages de l'île. Ces accidents morphologiques sont de trois types : les grandes ravines, les petites plaines et les cirques miniatures.
Les grandes ravines
Le site de Takamaka
Les ravines qui sillonnent les pentes extérieures de l’île sont légion. Chacune offre des milieux et des ambiances radicalement différents de celles des pentes, grâce aux remparts (falaises) qui les enserrent en creux, et à la végétation arborée, souvent naturelle et précieuse, qui y trouve encore refuge. Certaines ravines atteignent des dimensions telles qu’elles forment de véritables paysages intérieurs, absorbant complètement le visiteur dans un monde propre, à la fois intime et grandiose, composé de hauts remparts, de végétation épanouie et diversifiée, de lits de rivières encombrés de spectaculaires chaos de rochers basaltiques, d’eau courant en torrents ou dormant en bassins, selon les ravines et les saisons. A l’approche des plaines littorales, certaines sont cultivées, formant comme des cornes d’abondance où s’épanouissent des jardins et vergers remarquables dans les fonds.
On considérera dans le présent atlas que les principales ravines forment des sous-unités de paysage, incluses dans les paysages qu’elles sillonnent et façonnent en creux.
Les petites plaines d’altitude
Outre les grandes plaines des Cafres, des Palmistes et de Bébour-Bélouve au cœur de l'île, chacune d'aspect remarquablement différent malgré leur proximité géographique, d'autres plateaux d'altitude génèrent des paysages distincts, souvent en hauts des pentes du nord-est :
- la plaine des Chicots et la plaine d'Affouches en haut des pentes de Saint-Denis,
- la plaine des Fougères au-dessus des pentes de Sainte-Marie/Sainte-Suzanne,
- la plaine des Lianes qui surplombe les pentes de Bras-Panon.
En offrant des paysages de forêts et de landes nimbés de nuages et d'humidité, elles appartiennent déjà à la Réunion intérieure, tout en achevant par leur infléchissement les pentes extérieures de l'île.
Les cirques miniatures
Le Plate, autre replat dans les pentes, en théâtre tourné vers le Piton Calvaire (d’où est prise la photo)
Ponctuellement, des replats inattendus brisent la régularité des grandes pentes extérieures de l’île. Souvent environnés de pentes raides, de pitons voire de petits remparts, ces replats forment comme des petits cirques ou cirques miniatures. On en distingue sept :
La plaine des Grègues, un replat dans les pentes du Sud
- la Plaine des Grègues, inscrite dans les pentes du sud
Le mini-cirque des Makes
- Les Makes, incrustés dans les pentes du même nom,
Le mini-cirque de L’Entre-Deux, incisé dans les pentes du Dimitile
- L’Entre-Deux, creusé dans les pentes du Dimitile,
Le Tévelave, un replat incisé dans les pentes, favorable à la présence des hommes
- Le Tévelave et Le Plate, dans les pentes de l’Ouest,
- Dos d’Ane, découpé dans les pentes de la Montagne,
- Grand Etang niché dans les pentes de la Plaine des Palmistes
Grand Coude, vu depuis le secteur de Notre-Dame-de-la-Paix, replat spectaculaire, isolé par les rivière des Remparts et Langevin
- Grand Coude, un cas unique de plateau, physiquement isolé par les remparts de la Rivière des Remparts et de la rivière Langevin, dominé par le Morne Langevin.
Les remparts, tremplins vertigineux de l’extérieur sur l’intérieur de l’île
Le basculement du Maïdo sur le cirque de Mafate
La fenêtre des Makes, point de basculement des pentes sur l’intérieur de l’île
Curieusement, et c’est une des originalités fortes des paysages de La Réunion,
les balcons spectaculaires qu’offrent les reliefs ne s’ouvrent pas sur l’océan, comme pour la plupart des îles dans le monde, mais plutôt sur la montagne. Avec ses remparts, La Réunion met en scène ses entrailles torturées beaucoup plus que ses rivages marins. L’exemple le plus célèbre et le plus fréquenté est le point de vue du Maïdo, vertigineux et brutal basculement des longues pentes extérieures de l’Ouest sur l’intérieur tourmenté, sauvage et silencieux du cirque de Mafate.
Cette spécificité est liée à la nature volcanique et ruiniforme de l’île : un cône aux pentes extérieures globalement régulières, écroulé en son centre.
Une douzaine de points de vue principaux spectaculaires peuvent ainsi être identifiés :- le Maïdo (basculement sur Mafate)
- le Grand Bénare (basculement sur Mafate et Cilaos)
- la fenêtre des Makes (basculement sur Cilaos)
- le Dimitile (basculement sur Cilaos)
- Bois Court (basculement sur le Bras de la Plaine et Grand-Bassin)
- Notre-Dame de la Paix (basculement sur Rivière des Remparts)
- Plaine des Lianes (basculement sur Bélouve et le Trou de Fer)
- Plaine des Fougères, piton Bé Massoune (basculement sur Salazie)
- Plaine des Chicots, la Roche Ecrite (basculement sur Salazie et Mafate)
- Plaine d’Affouches (basculement sur Mafate)
- Dos d’Ane, Cap Noir (basculement sur Mafate)
L’entrée grandiose du cirque de Salazie, vue depuis le point de vue de Dioré
D’autres portes ouvrent brutalement et spectaculairement sur l’intérieur de l’île : les « entrées » des grandes ravines visibles ou accessibles ; la rivière du Mât pour Salazie, la rivière Saint-Etienne (bourg de la Rivière) pour Cilaos, la rivière des Galets pour Mafate sont les principales. Mais chaque ravine d’importance offre un paysage de Réunion intérieure jusqu’au bord même de l’océan. De là leur grande valeur paysagère, qui s’ajoute à leur valeur écologique, et qui donne lieu à des pratiques sociales de proximité (baignade, promenade, pique-nique, sports).
Parmi les innombrables points de vue de l’île, ces remparts et tremplins de l’extérieur sur l’intérieur méritent la plus grande attention dans leur mise en scène, car ils constituent l’essence même du caractère spectaculaire des paysages de La Réunion.
Une myriade de sites
qui enrichissent encore les paysages :
la diversité des échelles
Les unités et sous-unités de paysage, aussi précises soient-elles, ne peuvent refléter pleinement la richesse paysagère de La Réunion. A des échelles beaucoup plus fines, des sites multiples enrichissent la palette des paysages. Ils ont un caractère historique et/ou naturel. Beaucoup sont reconnus et les guides touristiques concentrent presque exclusivement l'attention de leurs lecteurs sur eux. Leur densité est exceptionnelle. Voici par exemple ceux qui sont cités dans le Guide du Routard (hors sites et monuments urbains) ; on peut les classer en sept catégories :
Les sites liés à l'eau douce, très nombreux :
Les Trois Roches, cirque de Mafate
- les ravines en général, et les bassins et cascades en particulier, dont notamment : la cascade Maniquet, le Bassin la Paix, le Bassin la Mer, Bassin Bleu, Bassin Mangue, (rivière des Marsouins), îlet Bethléem, Grand Etang, les bassins de la rivière Sainte-Suzanne, la cascade du Niagara, le Voile de la Mariée, Mare à Poules d'eau, Ilet à Vidot, source Manouilh, la ravine Saint-Gilles avec ses bassins successifs et sa canalisation, la ravine Bernica, la rivière Langevin et sa cascade sous Grand Galet (Bassin des Anguilles), le Trou de Fer, la cascade de Bras Rouge, le Piton de l'Eau et d'innombrables autres sites de ravines que l'on découvre à la faveur des sports d'eau vive ou de l'escalade ;
- les zones humides : le Tour des Roches et l'étang de Saint-Paul, l'étang du Gol ;
les sites littoraux :
Le spectacle de l’océan sur la côte rocheuse sauvage de l’Etang-Salé-les-Bains (site du Gouffre)
les plages, mais aussi Anse des Cascades, pointe de la Table, puits Arabe, Cap Méchant, Grande Anse, les Souffleurs, Pointe de Trois Bassins, Pointe au Sel, Cap La Houssaye, Grotte des Premiers Français, Phare de Sainte-Suzanne, le Barachois de Saint-Denis, la Caverne à Saint-Leu, le bassin Bleu et le bassin Sardine à l'Etang-Salé-les-Bains, la marine de Langevin,…
Les points de vue :
Site du Dioré, dominant l’entrée de Salazie et les pentes du nord-est
notamment les points de basculement des pentes extérieures sur la Réunion intérieure, évoqués ci-dessus avec les remparts, mais aussi toutes les promenades offrant des points de vue et des sites de pique-nique très appréciés des Réunionnais : Piton Bois de Nèfles (hauts de Saint-Denis), sentier de Bon Accueil et parc des Platanes (hauts de Saint-Louis), Domaine du Relais (hauts de Petite Ile), Piton de l'Entonnoir (hauts de Saint-Joseph, Petit Serré, belvédère de l'Eden (Bras-Panon), massif du Libéria (Bras-Panon), site du Dioré (hauts de Saint-André), Roche Merveilleuse (Cilaos), Cap Anglais (Salazie), Notre-Dame de la Paix ; sans oublier tous les points de vue à pique-nique liés aux routes.
Les sites volcaniques :
Le Formica Leo
cratère Commerson, Morne Langevin, Plaine des Sables, Pas de Bellecombe, Enclos, coulées, …
Les anciens domaines :
Maison Martin-Valliamée, à Saint-André
Villèle, Bois Rouge, Les Colimaçons, Maison Martin-Valliamée, le Grand Hazier…, et les sites bâtis patrimoniaux (anciennes usines, distilleries, temples, îlets…).
Les cimetières :
Cimetière à Saint-Louis, quartier Bel Air
Cimetière marin de Saint-Leu
ils forment les jardins les plus charmants et émouvants dans l'île, toujours fréquentés et entretenus, avec leurs tombes comme des radeaux de fleurs, ombrées de frangipaniers, dont les plus célèbres sont les cimetières marins (Saint-Paul, Saint-Leu, …) ou accueillant des célébrités (Saint-Pierre, Hell-Bourg, …).
Les sites botaniques et agricoles :
Le Jardin de l’Etat
jardin de la CAHEB (plantes à parfums), maison de Laurina (café), Labyrinthe en Champ Thé (thé), maison du Curcuma (épices), Far far de Besaves (canne, vétyver), jardin des parfums et des épices (Saint-Philippe), jardin de l'Etat, parc Exotica, jardin d'Eden, sentiers botaniques (ND de la Paix, Mare Longue, Roche Merveilleuse, …).
Les «petits» grands paysages de l’île :
fragilité des paysages et des sites
Dans ce jeu d’échelles entre le grand paysage le plus majestueux et le site le plus précieux, il est essentiel de noter l’aspect en trompe l’œil de La Réunion ; ce qui est vrai de La Réunion en général est vrai aussi pour certains paysages : ils paraissent vastes alors qu’ils restent objectivement petits. Ils semblent comme de grandes étendues alors qu’ils ne constituent que de fragiles sites. Aussi apparaissent-ils tout particulièrement sensibles aux erreurs d’échelles, qui feraient arriver des équipements cassant l’impression généreuse qu’ils offrent. Citons par exemple :
La savane du Cap La Houssaye vue depuis la RN 1 : une impression de grand espace
- la savane du Cap La Houssaye : elle n'a de valeur que par son étendue pure, vierge de constructions, qui la fait paraître grande dans son manteau lumineux de graminées. Or la pression est très forte sur ce site : outre la Route des Tamarins s'ajoutent la MCUR (projet abandonné), les ZAC Renaissance III et de l'Eperon, la déviation de l'Eperon, les tentations d'irrigation et de mise en culture, …
L’étendue de la plaine des Cafres : un faux grand paysage, fragile
- la plaine des Cafres : dans une toute autre ambiance, elle aussi est finalement petite, modestement étendue de Bourg-Murat au rempart de Bellevue. Or elle offre des paysages de plateaux pâturés uniques, balayés par les nuages, bordés par la forêt tropicale d’altitude, sertis dans des landes piquées d’ajonc, agrémentés par endroits de chaos rocheux, de fougères arborescentes, ou de petits sophoras trapus ; elle aussi est soumise sur ses marges à la pression d’une urbanisation médiocre (Bourg Murat, …) et en son cœur à des implantations d’équipements agricoles, techniques ou touristiques ;
La Plaine des Sables, subjectivement grande et objectivement petite : un trompe l’œil
- la Plaine des Sables : là encore il s'agit d'un faux grand paysage, subjectivement grand et objectivement petit, au caractère unique dans l'île : la plaine des Sables, avec son étendue nue, minérale, sombre aux reflets rougeoyants, sableuse et rocheuse à la fois, évoque un morceau de lune, ou de mars, et renvoie à une échelle cosmique alors qu'elle ne couvre dans la réalité que quelques hectares : 2 km de large pour 3 de long.
Paysage bonzaï dans l’Enclos Fouqué
Faux grand paysage rocheux, plaine des Sables
- les paysages du volcan plus généralement, évoquent souvent des grands paysages, aux étendues de landes mystérieusement drapées dans les nuages, sans que les superficies soient importantes. La rudesse climatique nanifie les plantes qui, à une échelle très détaillée, peuvent même évoquer de grands paysages, tout comme les rochers peuvent évoquer des montagnes.
Les sites de La Réunion en général sont comme des bijoux précieux et fragiles ; ils prennent d'autant plus de valeur qu'ils sont présentés soigneusement, dans des écrins protecteurs.Or, pour beaucoup de sites Réunionnais, c'est là que le bât blesse : les cadrages photographiques serrés de cartes postales laissent croire à des étendues remarquablement préservées ; la réalité du contexte de chaque site, hors champ, apparaît bien souvent beaucoup plus prosaïque et malheureusement mal maîtrisée. C'est le défi de la politique d'aménagement qualitatif du territoire de l'île : passer de la protection du site extraordinaire à la préservation du paysage ordinaire ; élargir le cadrage pour embrasser le paysage quotidien ; passer du cadre photo au cadre de vie.