Les orientations et recommandations

vers un projet de paysage pour La Réunion


Cette partie de l’Atlas synthétise les enjeux et dégage les grandes pistes possibles pour la préservation et la valorisation des paysages de l’île, préalables à l’adoption partagée « d’objectifs de qualité paysagère » au sens de la Convention Européenne du Paysage. Ce sont les axes pour une politique de paysage à l’échelle de l’île. Ces objectifs sont précisés par l’identification d’actions possibles et de principes d’actions possibles, qui permettent de les rendre plus concrets et de nourrir un regard partagé sur les bonnes façons de faire et les bonnes pratiques. 

I. De l’Atlas des paysages au projet de paysage

Pour l'avenir, on pourrait en théorie continuer à considérer le paysage de La Réunion comme une conséquence des actions des hommes sur le territoire ; conséquence fortuite, hasardeuse, plus ou moins heureuse selon les choix, les époques, les lieux. Et il est vrai que : exploiter la forêt, cultiver les terres, construire des logements, développer des activités économiques et touristiques, tracer des routes et des chemins, produire de l'énergie, préserver des espaces naturels, … toutes ces actions engagées depuis 350 ans dans l'île constituent un « cadre » de vie, évoluant avec le temps. En ce sens, le paysage est bien le résultat mouvant de l'action des hommes sur un territoire donné.  On le laisserait ainsi se faire au gré des actions d'aménagement, avec la conscience d'autant plus tranquille que, désormais, près de la moitié de l'île est protégée au sein d'un Parc National - depuis 2007- et estampillée Patrimoine mondial de l'Unesco - depuis 2010.

En réalité, cette pensée à minima du paysage comme simple conséquence des actions humaines a déjà montré ses limites. Les puissants processus de transformation à l'œuvre depuis plus de 60 ans n'ont rien à voir avec ceux des trois premiers siècles de colonisation de l'île :

Dans ces conditions, qui cumulent accélération des transformations et complexification du cadre institutionnel, culturel et opérationnel, il faudrait un miracle pour que le résultat produit sur le territoire compose un paysage agréable et harmonieux. Comme en musique, chacun peut jouer brillamment, mais, ensemble dans une même salle et sans partition commune, le résultat produit sera fatalement cacophonique. Le diagnostic réalisé dans le cadre du présent Atlas révèle déjà de nombreux problèmes ou risques (voir le chapitre « Les enjeux : opportunités risques et problèmes »). Certes les mesures de protection, nombreuses, couvrent une part exceptionnelle de l'île, jouant leur rôle de « préservation » des paysages. Mais ces mesures sont limitées : elles concernent surtout les espaces de nature, et se cantonnent à ce à quoi elles sont destinées (la préservation de ce qui existe) ; elles ne préjugent en rien de ce qui est à construire, à fabriquer et à inventer : les paysages du quotidien, ceux qui sont habités, travaillés et circulés chaque jour : quel cadre de vie souhaite-t-on pour demain ? Même pour les espaces de nature protégés, la question de la gestion, irréductible, déborde celle de la protection : « gérer pour qui, pour quoi et comment ? » sont des interrogations qui dépassent l'existant et concernent l'avenir, obligeant à faire des choix.

La Réunion dispose par ailleurs d'un document réglementaire d'ensemble, le Schéma d'aménagement Régional, et de ses déclinaisons intercommunales et communales par SCOT et PLU. Ces documents d'urbanisme, chacun à leur niveau, influent sur les paysages de demain. Ils répondent ensemble en partie aux questions « quoi ? où ? et combien ? ». Mais leurs réponses en termes de logements, d'équipements, d'activités, de transports et d'environnement restent relativement peu éclairés, alimentés ou tenus par un dessein de paysage. Le désir de cadre de vie n'est pas exprimé autrement que par une préservation d'espace existant ; il infuse peu les choix stratégiques (quoi ? pourquoi ?) et encore moins les choix opérationnels sur les façons de faire (comment ?). C'est que la question du paysage ne relève pas que du réglementaire : elle est surtout liée à une culture partagée.

Ainsi, le paysage dans son ensemble est une question d'avenir ; il ne peut plus être seulement considéré comme une conséquence fortuite des actions sur le territoire. Se poser la question du paysage souhaitable, désirable, pour La Réunion et ses habitants offrent l’opportunité d’une vision harmonieuse du développement, qui dépasse les logiques sectorielles, les critères quantitatifs, les champs de compétences respectifs, les limites territoriales des uns et des autres. Le projet de paysage n’est pas une question de spécialiste, mais cela devient une question de société. C’est aussi une question qui croise les trois axes du développement durable, un point de rencontre entre les logiques environnementales, économiques et sociales, un moyen pour penser La Réunion durable et en faire un territoire vivable, viable et équitable.

Parce que le cadre dans lequel on doit vivre se désire, s'imagine et se fabrique, le présent Atlas, dans cette dernière partie, propose des orientations d'avenir pour l'espace Réunionnais. En considérant le paysage comme projet et non plus seulement comme conséquence, en plaçant le cadre de vie au cœur de la réflexion et non plus à la marge, ces orientations ont vocation à réinterroger les politiques et les pratiques de l'aménagement. Ainsi formulées et illustrées dans l'Atlas, elles n'ont pas de portée réglementaire : les principes proposés visent à développer la culture partagée du bien faire pour bien vivre ensemble.

Concrètement, ces orientations peuvent utilement alimenter les cahiers des charges des consultations dans le domaine de l'aménagement, et se prolonger par la conception d'outils de communication spécifiques et ciblés. Elles peuvent aussi trouver des prolongements par l'élaboration de chartes et de plans de paysage, traduisant l'esprit de l'Atlas aux échelles intercommunales et communales. Enfin et surtout, elles méritent de faire l'objet de débats pour être partagées et précisées avec les acteurs concernés, mais aussi articulées avec les outils existants ou à mettre en œuvre. L'ensemble se traduirait alors en « objectifs de qualité paysagère » au sens de la Convention Européenne du Paysage.

Pour préparer ce travail d'animation de projet, l'Atlas développe les orientations en trois chapitres :

  1. Un concept d'ensemble : l'île-jardin
    Le concept d'île-jardin est défini pour maîtriser la qualité paysagère de La Réunion, dans un contexte d'espace rare, fragile et sous forte pression de transformation ;
  2. Une déclinaison thématique
    36 orientations sont identifiées à partir de cinq thèmes (paysages de l'agriculture, de l'habitat, des activités, des déplacements, de la nature), chacune  proposant les objectifs visés et les principes d'actions à respecter ; le tout est illustré dans un but pédagogique pour nourrir un regard partagé sur les bonnes façons de faire et les bonnes pratiques ;
  3. Une traduction spatiale
    Les orientations sont spatialisées par des schémas et par des cartes au 1/100 000e, afin d’alimenter les documents de planification de l’île.

II. Un concept : l’île-jardin*

* Le concept d'île-jardin pour La Réunion a été développé par Bertrand Folléa en 1997 dans le cadre d'un colloque organisé par le CAUE sur le paysage. Voir par exemple article du Quotidien, 25 octobre 1997.

Le « jardin » est synonyme de paradis. Étymologiquement, il signifie espace clos, fermé sur lui-même. C’est un lieu de représentation du monde et d’expérimentation. Enfin, il sous-entend un travail permanent de gestion. La Réunion de demain peut-elle être regardée - mais aussi aménagée et gérée - comme un jardin ?


La culture Réunionnaise du paradis, de la parcelle au territoire

Case et jardin vers Saint-André
Case et jardin vers Saint-André

La Réunion conçue comme île-jardin propose de reprendre à l’échelle du territoire ce que la culture réunionnaise traditionnelle porte de meilleur à l’échelle de la parcelle : cette capacité à composer un cadre de vie délicieux, où s’imbriquent savamment la case, la cour et le jardin, l’intérieur et l’extérieur, l’architecture et le végétal, l’intime et l’offert, la production et l’agrément. Cette valeur est fondatrice d’une culture partagée, profondément chevillée au cœur des Réunionnais. Elle tient dans une même affection toutes les couches sociales, de la grande case ancrée dans ses terres agricoles au plus modeste bois-sous-tôle fiché au bord de la route. Elle est le point de convergence des différentes cultures. En cœur de ville ou en cœur d’îlet, dans les Bas comme dans les Hauts, riche ou pauvre, d’origine européenne, africaine, malgache, indienne ou chinoise, chacun a su, avec ses moyens, composer avec une nature à la fois prodigue, violente et fragile pour organiser amoureusement sa parcelle de bonheur et l’offrir au passant ou à ses proches. C’est ce paradis là, fruit de la fécondation de la nature par la culture, qui est à réussir pour l’île tout entière.


La Réunion, jardin clos, petit et fragile

La Réunion et la métropole à la même échelle. Une île petite et fragile.
La Réunion et la métropole à la même échelle. Une île petite et fragile.

La Réunion n’est plus un farwest, une terre de conquête, une colonie ; en étant petite, fermée sur elle-même et isolée dans l’Océan Indien, elle n’a pas d’autre solution que de se développer de façon durable : pas d’espoir illusoire de gagner d’autres terres, d’autres ressources, que celles en place, si celles-ci viennent à s’épuiser par gaspillage. La Réunion sera durable ou ne sera pas. La voici condamnée à l’excellence environnementale. Elle constitue le paradigme de la planète terre, isolée dans le vide abyssal de l’espace, sans échappatoire.


La Réunion, jardin expérimental

Installation photovoltaïque (photo site internet GERRI).
Installation photovoltaïque (photo site internet GERRI).

Bénéficiant des soutiens de l'Europe et de la métropole, La Réunion peut mieux qu'ailleurs inventer son devenir, ouvrir des voies, montrer l'exemple. Ici, la conscience de la finitude, de la petitesse et de la fragilité du cadre de vie commun est plus sensible qu'ailleurs : on vit nombreux sur une terre exigüe, dans une situation isolée, au contact d'une nature belle mais rude (volcanique, océanique et cyclonique) et fragile. C'est ainsi que La Réunion expérimente déjà les concepts de développement durable en matière d'énergie renouvelable, au travers du projet "Réunion 2030-GERRI". Il s'agit d'un programme partenarial conduit conjointement par l'Etat, le Conseil Régional et le Conseil Général. Il associe l'ensemble des collectivités territoriales, des industriels et investisseurs. Il consiste à faire de La Réunion un espace d'excellence internationale sur le développement durable, dans les domaines de la maîtrise, de la production et du stockage de l'énergie, des déplacements, de l'urbanisme et de l'aménagement durable. En matière de gestion environnementale, La Réunion a aussi innové en créant le premier Parc National nouvelle génération, issu de la Loi Parc qui a spécifiquement introduit la préservation des paysages dans les missions des Parcs. En matière d'habitat, La Réunion est le seul département d'outre-mer à porter un projet d'EcoCité (TCO) ; une politique puissante d'innovation en matière d'architecture durable tropicale trouverait tout son sens dans le contexte de fort enjeu de construction et de requalification que connaît l'île ; de même en matière de transports et déplacements, qui pourrait totalement renouveler le rapport des Réunionnais à l'espace en sortant du tout-voiture et de la dépendance au pétrole.


« Le jardin est dans le jardinier » (Gilles Clément)

Même les espaces « naturels » doivent être gérés. Ici la gestion des espaces « naturels » dans les Hauts, au Maïdo : coupe des ajoncs d’Europe envahissants, organisation du stationnement, canalisation et sécurisation des accès piétonniers.
Même les espaces « naturels » doivent être gérés. Ici la gestion des espaces « naturels » dans les Hauts, au Maïdo : coupe des ajoncs d’Europe envahissants, organisation du stationnement, canalisation et sécurisation des accès piétonniers.
Ici la gestion des espaces « naturels » du littoral, savane du Cap La Houssaye, par le feu.
Ici la gestion des espaces « naturels » du littoral, savane du Cap La Houssaye, par le feu.

La Réunion n’est pas une terre simplement à protéger, à mettre sous cloche, à soustraire aux hommes. Même ses espaces les plus naturels doivent faire l’objet de projet, au-delà de leur seule protection, pour orienter les choix de gestion : par exemple les choix des dosages et des formes d’accueil du public, ou de lutte contre les plantes envahissantes. Le volcan et la forêt primaire de Bébour font ainsi partie de l’île-jardin parce qu’ils doivent être gérés.

Cette terre fragile, aussi intensément habitée et parcourue, nécessite d’être soignée partout, quel que soit l’espace considéré, pour constituer un cadre de vie équitable, viable et vivable. Comme un jardin, elle demande un travail permanent pour offrir de façon renouvelée et pérenne ce qu’elle peut offrir de meilleur : jardin à parcourir et à découvrir par ses chemins et par ses routes, jardin habité pour ses villes et ses bourgs, jardin cultivé et de production pour ses espaces agricoles et pour ses espaces d’activités, jardin sauvage pour ses espaces de nature.


III. Une déclinaison thématique des orientations

Dans le présent Atlas, 36 orientations sont proposées, déclinées sous cinq chapitres thématiques : les paysages agricoles, les paysages de l'habitat, les paysages des activités, les paysages des infrastructures et les paysages de nature. Toutes sont sous-tendues par le concept d'île-jardin.


Promeneur dans les champs.
Promeneur dans les champs.
Jardin agricole : des espaces agricoles protégés, pérennisés, soustraits de la spéculation foncière, nourrissant la population de façon autarcique, locale et saine, accueillant la fréquentation de population de façon maîtrisée, contribuant à l'économie durable de l'île, à la gestion des espaces, à la création et au maintien de paysages de grande qualité.
Voir : 1. Orientations et recommandations pour les paysages agricoles

Espace public jardiné, Le Port.
Espace public jardiné, Le Port.
Jardin public de centre-ville, Saint-Paul.
Jardin public de centre-ville, Saint-Paul.

Jardin habité : un urbanisme à la fois économe de l'espace et végétal, profitant des bienfaits climatiques, économiques, sociaux, psychologiques, culturels et esthétiques des plantes d'ombrage, de production, d'agrément, dans les parcs, les jardins et surtout dans les espaces publics des villes et des bourgs ; des espaces publics de proximité aménagés pour la population, permettant de limiter l'usage de la voiture, d'offrir un cadre de vie de qualité, de répartir la fréquentation des sites touristiques en évitant la surpopulation sur les grands sites naturels fragiles du littoral et des Hauts ; une architecture adoucie, économe en énergie, porteuse d'une personnalité à la fois contemporaine et respectueuse des contextes, associée au végétal.

Voir : 2. Orientations et recommandations pour les paysages de l'habitat

Activités au Port.
Activités au Port.

Jardin productif : des activités économiques et énergétiques économes en espace, où les activités s'associent aux quartiers d'habitat et aux réseaux de transports en commun, offrant une image valorisante de l'île depuis les infrastructures et un cadre de travail attractif pour les habitants, limitant les emprises minéralisées et s'inscrivant dans un cadre adouci par le végétal.

Voir : 3. Orientations et recommandations pour les paysages des activités et de l'énergie


Chemin de randonnée dans les Hauts
Chemin de randonnée dans les Hauts
Route-paysage, pentes de l'ouest.
Route-paysage, pentes de l'ouest.


Cheminement urbain en ville.
Cheminement urbain en ville.

Jardin à parcourir et à découvrir : un triple réseau pour des mobilités durables :

Voir : 4. Orientations et recommandations pour les paysages des déplacements


Sentier dans la forêt primaire de Bébour.
Sentier dans la forêt primaire de Bébour.

Jardin sauvage : des espaces naturels non seulement protégés mais gérés, pour préserver la biodiversité, pour organiser et maîtriser l'accueil et la fréquentation du public, pour réduire l'envahissement des plantes exotiques ou « pestes », pour limiter les risques d'érosion, d'inondation et de feux de forêts, pour protéger et produire des ressources renouvelables (eau, bois).

Voir : 5. Orientations et recommandations pour les sites et paysages de nature 


1. Pour les paysages agricoles


2. Pour les paysages de l’habitat


3. Pour les paysages des activités et des énergies


4. Pour les paysages des déplacements


5. Pour les sites et paysages de nature


IV. Une traduction spatiale : l’archipel agro-urbain et naturel


A l’échelle de l’île et de façon schématique, la traduction spatiale des orientations propose d’associer deux types de structures :


1. La Trame verte et bleue, matrice naturelle


Selon les dispositions du Grenelle de l’environnement, la Trame verte et bleue doit faire l’objet d’un Schéma régional de cohérence écologique (SRCE) dont les dispositions seront prises en compte dans les SCOT et PLU. La notion de « trame paysagère » proposée dans le présent Atlas est volontairement large. Elle associe les objectifs de préservation de la biodiversité à ceux de constitution d’un cadre de vie agréable et durable. Elle propose que les espaces non bâtis dans leur ensemble soient structurants pour le développement. A la trame verte et bleue proprement dite, qui vise à préserver la biodiversité en luttant contre la fragmentation du territoire, elle ajoute les espaces agricoles et les espaces de nature urbaine, jusqu’au cœur des espaces bâtis. Aux corridors biologiques, nécessaires au déplacement des espèces animales et végétales, elle ajoute les circulations douces, nécessaires au déplacement de proximité et de loisirs.
En termes spatial, la trame verte et bleue de La Réunion sera largement fondée sur trois grands types d’espaces :
  • Les Hauts, cœur du Parc National
  • Les ravines, qui incisent les pentes
  • Les espaces naturels du littoral, préservés par des mesures diverses (propriétés du CELRL, espaces remarquables de la Loi Littoral, Réserve naturelle marine, espaces naturels sensibles, …).
Un enjeu particulier concerne les pentes, où les minces ravines constituent l’essentiel des réservoirs et corridors biologiques entre hauts et bas. Réduits aux remparts et aux fonds des ravines, les espaces naturels des pentes apparaissent coupés des pratiques des habitants et de ce fait peu reconnus et valorisés. Fragiles, ces ravines concentrent l’essentiel des rares espèces animales et végétales indigènes ou endémiques des mi-pentes et pentes basses de l’île. L’absence d’épaisseur protégée conduit à une urbanisation au plus près des rebords de remparts, qui a le triple inconvénient du risque (éboulement, inondation), de la privatisation d’espaces souvent exceptionnels (vues) et de la fragilisation des espaces et espèces (la ravine arrière-cour, recevant les déchets).
 En première approche, au moins trois mesures pourraient renforcer la préservation de la biodiversité sur ces pentes en luttant contre la fragmentation :
  • « l’épaississement » de l’espace des ravines : les rebords

Principe de protection des rebords de ravines (extrait de la Charte paysagère du tco, 2008, image Agence Folléa-Gautier).
Principe de protection des rebords de ravines (extrait de la Charte paysagère du tco, 2008, image Agence Folléa-Gautier).
Entre Hauts et littoral, sur les pentes habitées et cultivées, la trame verte et bleue pourrait utilement conforter la valeur écologique et paysagère des ravines en identifiant et préservant leurs rebords, en plus des remparts et fonds, déjà identifiés en Znieff voire ponctuellement protégés (sites classés, …). L'instauration d'un recul d'implantation de quelques dizaines de mètres d'épaisseur de part et d'autre des ravines, et la création de bandes d'espaces « naturels » en accompagnement des ravines, permettrait à la trame verte et bleue de fonctionner avec plus d'efficacité : voir les fiches actions 5.2. et 5.5.

Sur les pentes, le tramage vert complémentaire, raccordant les ravines entre elles en suivant les courbes de niveaux, sera beaucoup plus difficile à réussir, faute de structure naturelle pouvant servir de support. Il s'agira nécessairement d'une structure de trame volontariste, allant au-delà de la préservation et du confortement des trames existantes. Cette création de tramage pourrait en partie se concrétiser au travers des lisières urbaines, espace d'interface entre l'urbain et l'agricole. Voir dans le présent atlas la fiche action n° « 2.7. Aménager des lisières urbaines, espaces d'interface urbain/agricole », ainsi que le « Schéma intercommunal d'aménagement des lisières urbaines », réalisé par le tco en 2009) ; elle pourrait aussi se matérialiser avec les dispositions de lutte contre l'érosion et les pollutions dans les espaces agricoles : andains et bandes boisées les accompagnant. Voir fiche action n° « 1.7. Valoriser le paysage agricole et la biodiversité par les structures arborées ».


  • Les réservoirs de biodiversité « relais » : les parcs naturels urbains, l'urbanisme végétal
Sur les mi-pentes et pentes basses, essentiellement agricoles et urbaines, la biodiversité sera renforcée par la présence du tissu végétal de l'urbanisme, essentiel à la qualité de vie à La Réunion : voir fiche action n° « 2.3. Promouvoir l'urbanisme végétal ».
La création de parcs naturels urbains, conciliant préservation des espaces et des espèces et fréquentation du public, pourrait ponctuellement renforcer la biodiversité des pentes en constituant des réservoirs-relais entre deux ravines, ainsi qu'entre Hauts et Bas.


2. L’archipel agro-urbain Réunionnais


Sur les pentes de La Réunion, plus particulièrement soumises aux puissants processus de transformation en cours (voir « Les enjeux majeurs de paysage » dans la partie « Diagnostiquer et agir » du présent Atlas), l'intégration des principes de l'étagement et de l'alternance doit permettre d'organiser la cohabitation apaisée entre espaces agricoles et espaces urbains, sous forme d'archipel.

3. Carte de synthèse des orientations


Fichier joint : cartesyntheseorientations.pdf

La carte de synthèse des orientations rassemble, au travers de sa légende, les 36 propositions d'orientations faites dans le présent Atlas, organisées en cinq thèmes. Les numéros des orientations renvoient à la partie III. Une déclinaison thématique des orientations, où chacune est développée et illustrée. A cette échelle, toutes les orientations ne sont pas cartographiables. A partir de cette trame d'ensemble, un travail complémentaire est à mener aux échelles intercommunales et communales. Pour des raisons de lisibilité, le choix est aussi fait de ne pas colorer les grands espaces de nature déjà préservés par leurs statuts (intégration au Parc National).

Agriculture et paysages

La carte fait apparaître la relative rareté des espaces agricoles à l'échelle de l'île toute entière (vert clair), au nord-est, au sud et étendus à l'ouest grâce à l'irrigation. Elle met en évidence l'importance des espaces de production agricole appelés à s'imbriquer fonctionnellement avec le développement urbain et/ou touristique, par le développement d'une agriculture de proximité à circuits courts, dans un « système agro-urbain » (en beige) : ceux qui sont pris dans l'urbanisation (plaine de Saint-André, mais aussi de Saint-Benoît, de l'Etang-Salé et des Avirons, , les espaces agricoles de l'intérieur de l'île comme ceux des cirques, de la Plaine des Palmistes, des mini-cirques perchés (Tévelave, Grand-Coude, Dos d'Ane etc).

Urbanisme et paysages

Une cinquantaine de centralités peuvent être confortées par un urbanisme « des courtes distances », pour accueillir les besoins en logements/activités sans surconsommer d'espace agricoles et naturels ni aggraver la dépendance à la voiture individuelle (carrés rouges).
L'étalement urbain et le mitage rendent plus nécessaires le développement d'un urbanisme végétal, qui couvre potentiellement de grandes superficies (rayé vert franc), notamment sur les mi-pentes.

Espaces naturels et paysages

La carte fait apparaître la rareté des grands espaces naturels littoraux (bleu clair) : étang de Saint-Paul, cap la Houssaye, Pointe au Sel, Forêt de l'Etang-Salé, Côte du Grand Brûlé. Ils s'ajoutent aux sites, espaces plus ténus ponctuels ou plus linéaires allongés entre la route nationale (RN1/ RN2) et le trait de  côte.
D'importants linéaires de côtes sont à requalifier dans des secteurs à très forts enjeux de cadre de vie : à Saint-Denis en premier lieu, mais aussi autour de Saint-Pierre (Saint-Pierre ouest vers Pierrefonds et Saint-Pierre est vers Grands-Bois), à Saint-André, Saint-Benoît, Saint-Joseph.
Une quarantaine d'embouchures de ravines méritent des dispositions de mise en valeur en milieu urbain, auxquelles il faudrait ajouter les linéaires même des ravines urbaines hors littoral.

Infrastructures et paysages

La carte met en évidence la rareté des routes qui ouvrent sur le grand paysage depuis les pentes littorales ou intermédiaires. Cela les rend d'autant plus précieuses, avec nécessité de protéger leurs abords contre l'urbanisation linéaire. Les nouvelles routes (Route des Tamarins) ou les routes futures prévues au SAR (hauts de l'est, Petite-Ile/Le Tampon, Etang-Salé/le Tampon, barreaux de l'Ouest, etc) méritent ainsi de devenir des routes-paysage en couplant des dispositions de protection de leurs abords avec les dispositions classiques d'aménagement. Les routes-paysages concernent beaucoup l'intérieur de l'île (accès à Salazie/Hell-Bourg, RN3, accès à Cilaos), autant de routes appelées à être « renforcées » de façon prioritaire dans les années à venir (d'après le SAR) : ces projets représentent là encore un fort enjeu de paysage.
De longs linéaires de routes « lignes de vie » sont à revaloriser au bénéfice des habitants riverains et du tourisme, dans les hauts de l'ouest (route Hubert-Delisle) et du sud, ainsi que sur la côte est de Sainte-Rose, Saint-Philippe et Saint-Joseph.
Enfin des séquences plus courtes mais non moins importantes pour la qualité du cadre de vie et du tourisme concernent les routes nationales littorales (RN 1 et 2) pour les requalifier, selon les secteurs, en boulevards urbains, en routes-paysages ou en routes-parcs.

Les territoires clefs

Au final, les territoires qui cumulent les enjeux de paysage les plus nombreux et les plus complexes sont les territoires urbains ou en voie d'urbanisation :

Globalement, ce macrosystème quadripolaire est plutôt intéressant pour l'île, qui échappe ainsi à la concentration du développement et des déplacements sur un seul pôle, vécu par exemple par d'autres départements d'Outre-mer comme la Martinique.
Mais c'est bien dans ces macropôles que l'articulation entre espaces urbains ou à vocation urbaine et espaces agricoles ou naturels doit être particulièrement travaillée, dans des systèmes agro-urbains et naturels qui restent largement à inventer. Ces territoires méritent ainsi chacun de faire l'objet de solides plans de paysage et d'urbanisme spécifiques.

Ces quatre territoires correspondent aux pôles de l'armature urbaine prévus au SAR. Aujourd'hui étendus, ils représentent systématiquement plus qu'une commune ou un site urbain, marquant une extension par rapport aux territoires d'enjeux majeurs identifiés en 1994 dans l'étude paysagère de La Réunion (DDE-DIREN/Agence Folléa-Gautier paysagistes-urbanistes). Ainsi :


Les pages suivantes synthétisent les enjeux majeurs de paysage par unités de paysage.